Lever de soleil

Mardi 24 décembre 2013

Bien que ce ne soit pas au sens strict, « la nuit la plus longue -puisque c’est fait, nous avons dépassé le solstice-, la nuit du réveillon, quand on guette le Père Noël, est bien une de celles que l’on attend avec excitation… L’image du jour célèbre un coucher de soleil. Cet extrait d’Erri de Luca s’attache, lui, au lever de la lumière sur la mer, vécu par le jeune héros autorisé à aller passer la nuit sur la barque d’un pêcheur.

Qu’entre les deux, vos fêtes soient illuminées et scintillent !

« Ma mère connaissait le pêcheur, les nuits calmes elle me laissait aller. Elle me donnait un pull en laine légère et brute qui me grattait. J’aidais aux rames pendant qu’il accrochait les appâts et les descendait un à un dans la mer. Une fois l’étendage terminé, on attendait. L’île était loin, un petit tas de lumières. Allongé à l’avant sur la corde de l’ancre, je regardais la nuit qui tournait sur ma tête. Mon dos oscillait doucement avec les vagues, ma poitrine se gonflait et se dégonflait sous le poids de l’air. Il descend d’une telle hauteur, d’un amas si profond d’obscurité, qu’il pèse sur les côtes. Des éclats tombent en flammes en s’éteignant avant de plonger. Mes yeux essaient de rester ouverts, mais l’air en chute les ferme. Je roulais dans un sommeil bref, interrompu par une secousse de la mer. Maintenant encore, dans les nuits allongées en plein air, je sens le poids de l’air dans ma respiration et une acupuncture d’étoiles sur ma peau.

  Des mots nocturnes avaient bien du mal à sortir. Le silence de l’homme dans la nuit était juste. Ni le bateau qui défilait à l’horizon toutes lumières muettes ni le gargarisme d’un bruit de rames à l’approche ne parvenaient à le gâcher. Dans le noir, un échange de salut avec voyelles seulement, car les consonnes ne servent pas en mer, l’air les avale. Ils connaissaient bien tout ce qui les entouraient, ils évoluaient avec une mémoire d’aveugle dans une pièce.

Puis tout doucement, une touche de gris décolorait le point d’horizon appelé orient. De là partait la débâcle de l’obscurité, la clarté s’élevait d’en bas, et lorsqu’on voyait nos mains dans me bateau, la récolte commençait. Une syllabe m’indiquait le changement de coups de rames. Le poisson capturait montait à bord, il tapait de la queue sur le bois pour dernière défense. Le pêcheur le saisissait par la tête, dégageait l’hameçon. Parfois, avalé jusqu’au fond de la gorge, il fallait alors couper le fil avec le couteau et laisser l’hameçon à l’intérieur.

Quand le soleil s’était entièrement glissé hors de la mer pour s’élever au-dessus du bateau, nous avions fini. Il prenait les rames à son tour pour rentrer plus vite. Je m’endormais à l’avant, mon maillot de corps sur la tête. »

Erri de Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux, Gallimard, « Du monde entier », p. 45-47

Traduction de Danièle Valin.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s