… la bascule dans le merveilleux ?

Jeudi 19 décembre

Dans Comment j’ai appris à lire, Agnès Desarthe expose sa théorie du faux vrai plutôt que du vrai faux. Enfant, c’est une lectrice qui rejette le réalisme des romans naturalistes, mais qui adore les contes, les princesses, les gnomes. Aller ccaresser les dragons ou rencotnrer des fleurs qui parlent lui semble beaucoup plus accessible que lire la vie des petits garçons qui portent des chandails et font tout comme en vrai… Avec elle, lire, c’est basculer comme Alice de l’autre côté du miroir.

«Ce qui est certain, c’est que ma crédulité ne connaît pas de limites.

En classe de Ce2, nous lisons Grain d’aile. C’est l’histoire d’une petite fille qui, je ne sais plus comment, parvient à voler. Je me dis que si elle a réussi à le faire, il n’y a aucune raison que j’échoue. De temps en temps, comme à mon propre insu, je tente le coup : j’accomplis un bond, bras ouverts, et l’espace d’une nanoseconde, j’envisage que le miracle s’accomplisse. La maxime que je tire de ces expériences, sans la formuler, est la suivante : si c’est arrivé dans un conte, ça peut – voire même ça va – arriver en vrai. Je n’établis pas la différence entre fiction et réalité. Pas plus que je n’instaure de hiérarchie. J’ai, ce qu’on appelle une imagination débordante.

 (…)

Une esthétique se dessine : plutôt le vrai faux que le faux vrai. Alors que je suis une enfant sage, gâtée, heureuse, j’ai la sensation que le monde qui m’entoure est chaotique. Je n’en dis rien. Je fonctionne remarquablement. Je réponds à toutes les attentes. Je suis bonne élève, je me brosse les dents comme il faut, j’obéis. Je me méfie, cependant, de ce que j’appelle le premier degré de la vie.

(…)

Pour les livres, c’est un peu la même chose : je suis prête à tout envisager, à avaler des kilomètres de phrases, pourvu qu’un décalage avec le quotidien s’exhibe, d’une manière ou d’une autre, dans le texte. L’humour est mon second allié : si c’est drôle, je réussis à lire ; mais cet apprentissage est plus ardu et plus lent qu’avec les princesses. »

Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire, Stock, 2013, p. 26-29.

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