La ville qui se mange

Mercredi 11 décembre 2013

D’une région d’Italie à l’autre, chacune ses saveurs et ses odeurs… Mêmes si les pâtes peuvent nous enchanter par leurs multiples formes et couleurs, il est mille douceurs à goûter de ville en ville.

NAPLES

petites pâtes à la purée de lentilles

puis friarielli une herbe locale

épicée d’un suc amer dont le piquant

contredit la douceur du mot sur la langue

la ville à peine aperçue est un fumet

d’images où des jardins à pic font des failles

parmi l’étagement coloré des rues

nulle part cité pareillement debout

elle tasse le temps sous la pierre blonde

le jaune et le rouge qui teintent ses murs

l’histoire est ici un présent perpétuel

tous les yeux vous regardent en face et font

que toujours on marche au milieu de la vue

*

Le château de l’Oeuf couve on ne sait trop quoi

ses murs protègent la fragile coquille

qu’il suffit de briser pour ruiner la ville

le passant rêve que cet œuf jamais vu

est l’œil arraché au cyclope et gardé

au plus profond du fond dans un bain de larmes

toutes les rues sont pavées de blocs de lave

chacun peut ainsi piétiner le volcan

il fait le mort ce matin sous un nuage

à moins qu’il ne joue soudain au porte-ciel

quelques palmes on dirait des cous de girafes

tirent des révérences au cœur de la vue

partout les gestes font en l’air ce que font

arabesques et volutes aux plafonds baroques

et les vagues à la surface de la mer

Bernard Noël, Les poètes de la Méditerranée : anthologie,

Gallimard, « Poésie », p. 655-656

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