Mycologie

Lundi 9 décembre 2013

 La gourmandise, c’est aussi de partir chercher de quoi préparer le repas au fond des bois…

Le chien avait cessé d’aboyer, le feu se mourait lentement, j’étais allée faire quelques pas dans le bois. Certains départs à l’aube, avec Jules, avaient cette odeur forte d’humus et d’écorce. Nous partions à la cueillette des champignons. Bottes et canifs, tartines et gourdes composaient nos panoplies. Jules marchait devant, Bob dans ses jambes, et nous nous bousculions à leur suite, petits-enfants réunis par les vacances, et quelques gamins des fermes voisines. Nous passions devant la maison du loup, une cabane en ruine qui alimentait nos frousses délicieuses. Nous imaginions un loup blotti dans le foin, retiré des batailles vaines, solitaire et philosophe, amateur de silence et de couchers de soleil, un dilettante qui de temps en temps croquait une poule par désœuvrement. Jules en parlait comme d’un ami, et nous le soupçonnions de le fréquenter.

Armé de son éternel bâton, en mycologue averti, il désignait d’un geste autoritaire des champignons invisibles pour nous sur lesquels nous nous précipitions. Il y en avait toujours de nouveaux. Il nous apprenait à reconnaître les vénéneux, s’amusait à nous apprendre les noms scientifiques dont il appréciait l’étrange poésie. A la pause, assis en rond autour de lui, nous écoutions les chants d’oiseaux qu’il identifiait et commentait, ou bien il nous lisait une fable de La Fontaine.

 Michelle Lesbre, La petite Trotteuse, Sabine Wiespeser, p. 77-78

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