Force des images fixes

Lundi 4 juin

Et toujours Depardon…

Finalement, je me demande si ça ne rend pas service à la photo que le premier média visuel soit la télévision. Elle passe, c’est un ouragan qui laisse finalement la photo, derrière elle, beaucoup plus libre. On est presque plus respectueux. Alors qu’à un moment donné, la photo était l’une des premières à faire l’intervention visuelle. On attendait la photo, c’était France Soir, c’étaient les grands magazines, on lisait les magazines, on regardait les images, donc elle était la première. Et on s’aperçoit encore que sur certains événements, comme Mai 68, elle a encore une importance. Étant donné que l’image filmée est tributaire de certaines choses : le pouvoir y attache beaucoup d’importance, les milieux financiers y attachent de l’importance. Cela fait que pour les événements de Mai 68 on s’aperçoit qu’il n’y a pas beaucoup d’images. Quand Chris Marker fait un montage dix ans après, il est obligé de filmer de trottoirs de la rue Gay-Lussac parce qu’il n’y a pas d’images. Il y a de très très bonnes bandes-son et puis il y a des photos. On n’a pas la chronologie de tous les jours, il y a énormément de manques. On n’a pas De Gaulle qui revient de Baden-Baden. Il n’y a pas d’images en mouvement, donc ce sont des images fixes. La photo est le moyen le plus important.

Raymond Depardon, La solitude heureuse du voyageur précédé de Notes, Points.

Extraits de l’émission « Radio-Photo », 1978, p. 69-70.

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