Ricochets, 2

Jeudi 8 décembre 2011

Une autre série de reflets entre les fenêtres de l’immeuble de Don Gaetano, à Naples, mais cette fois au simple service de la lumière et de sa chaleur.

Le soleil tapait contre les vitres des derniers étages et faisait gicler des ricochets jusqu’à terre. Les vitres de Naples se passaient le soleil entre elles. Celle qui en avaient plus par leur position le renvoyaient vers le bas à celles qui en avaient moins. Elles étaient complices. Les maîtres verriers les montaient exprès un peu de travers, pour multiplier les surfaces réfléchissantes. En bas, dans la loge, arrivait un carambolage de lumière qui faisait dix rebonds avant de finir dans le trou où j’étais. Don Gaetano dit que c’est un signe. Le soleil aime ceux qui vivent en bas, là où il n’arrive pas. Plus que tout, il aime les aveugles et leur fait une caresse spéciale sur les yeux. Le soleil n’aime pas les adorateurs qui se mettent à nu sous son abondance et s’en servent pour colorer leur peau. Lui veut réchauffer ceux qui n’ont pas de manteau, ceux qui claquent des dents dans les ruelles étroites. Il les appelle dehors, il les fait sortir de leurs petites pièces froides et les frictionne jusqu’à ce qu’ils sourient sous sa chatouille. « C’est bon signe, il t’aime et t’envoie son salut dans ton réduit. Les vitres sont ses marches d’escalier, la lumière les descend par amour pour toi. C’est signe que le soleil te protège.

Erri de Luca, Le jour d’avant le bonheur, Gallimard, p. 111-112.

Traduction de Danièle Valin

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