Scène de nuit

Lundi 26 septembre 2011

Retour chez Paule du Bouchet… dans Emportée, il est question de sa mère, de leurs relations houleuses et passionnées, de la déchirure de la petite fille, puis de la femme à voir sa mère préférer un poète, l’amant, René Char, à un autre poète, le père, André du Bouchet… Ce père qui est aussi, en filigrane, tellement présent dans le récit.

Un autre souvenir, de la même époque. Papa, qui n’habite plus avec nous, arrive dans ma chambre de la rue Malebranche au milieu de la nuit. Je dors dans mon petit lit, dans la grande chambre du fond, celle qui sera la mienne jusqu’au bac. C’est l’été, il fait chaud. Papa me prend, à moitié endormie, dans ses bras, m’emmène, je ne sais pas où nous allons, je suis excitée. Dans le taxi, je me blottis contre lui, les lumières de la nuit qui filent derrière la vitre m’éblouissent et m’enivrent. Nous nous retrouvons place de la Concorde. Soir d’été. Je suis en chemise de nuit. Papa me pose dans la fontaine, enlève ses espadrilles et me rejoint. Il me tient la main et nous marchons tous les deux dans l’eau fraîche de la fontaine, surplombant le macadam, les autres, la nuit. Nous rions, je suis heureuse.

Paule du Bouchet, Emportée : récit, Actes Sud, 2011, p. 59-60

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