Révolution (littéraire)

Jeudi 14 juillet 2011

Poème de circonstance… oui et non. Ce n’est pas que je sois fan de commémorations nationales, mais quatre arguments jouent en faveur de la présence de ce poème dans mon carnet de florilège :

1) C’est la toute première analyse de texte réalisée en hypokhâgne, à la frontière de la linguistique et de la stylistique, alors que ces cours débuteront bien plus tard en licence, qui m’a vraiment montré en quoi l’analyse éclaire le sens et ne tue pas forcément le plaisir de lire. On peut donc voir dans cette citation un hommage à deux ans de cours et de délices littéraires jamais démentis ;

2) Un de mes tous premiers souvenirs de spectacle d’école remonte à la commémoration du bicentenaire de la Révolution Française, en bleu blanc rouge, d’où une certaine tendresse ; 

3) Plus récemment, les explications géographico-historiques contenues dans ce poème ont pris tout leur sens à force d’arpenter Paris, une raison de plus de savourer les promenades nez en l’air et bouquin au creux du bras ;

4) C’est Ponge, et puis c’est tout.

14 juillet

Tout un peuple accourut écrire cette journée sur l’album de l’histoire, sur le ciel de Paris.
D’abord c’est une pique, puis un drapeau tendu par le vent de l’assaut (d’aucuns y voient une baïonnette), puis – parmi d’autres piques, deux fléaux, un râteau – sur les rayures verticales du pantalon des sans-culottes un bonnet en signe de joie lancé en l’air.
Tout un peuple au matin le soleil dans le dos. Et quelque chose en l’air à cela qui préside, quelque chose de neuf, d’un peu vain, de candide : c’est l’odeur du bois blanc du faubourg Saint-Antoine, – et ce J a d’ailleurs la forme du rabot.
Le tout penche en avant dans l’écriture anglaise, mais à le prononcer ça commence comme Justice et finit comme ça y est, et ce ne sont pas au bout de leurs piques les têtes renfrognées de Launay et de Flesselles1qui, à cette futaie de hautes lettres, à ce frémissant bois de peupliers à jamais remplaçant dans la mémoire des hommes les tours massives d’une prison, ôteront leur aspect joyeux.

Francis Ponge, Pièces, Gallimard, « Poésie », 1971, p. 45


Une Réponse

  1. Ravie de ces deux billets aussi inattendus que beaux ! Comme quoi les commémorations ont du bon.
    Fêté aussi le bicentenaire à l’école, habillée en sans-culotte, armée de bâtons bleus et rouges pour avancer sur une fictive Bastille.

    14/07/2011 à 21:25

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