De l’espoir pour re-commencer

Lundi 14 février

Pour ouvrir cette nouvelle série de billets, pour continuer à faire vivre Inventaire, imagier, reflets au-delà de l’Avent 2010, avec un nouveau rythme de publication bi-mensuel (les lundis une semaine sur deux, voir les détails dans « À propos »), j’ai choisi des notes qui ne sont pas à proprement parler des extraits littéraires. De la même façon que je plaçais, le premier décembre dernier, l’Avent sous le signe de « Valore », je souhaite ici  donner la parole à une grande dame du théâtre, de façon à aborder 2011 avec rêves, sagesse, espoir, autant de valeurs que défend Ariane Mnouchkine dans son théâtre, dans ses actes et ceux de la troupe du théâtre du Soleil.

Je souhaitais aussi réaffirmer ce sentiment de bien-être, de bonheur, d’apaisement et de réconciliation qui accompagne une expérience au théâtre, la sortie d’une exposition, un moment de culture partagée, au Soleil bien sûr mais aussi ailleurs ; célébrer ce côté jubilatoire, enthousiasmant de l’art, de la création, qui redonne la foi et de l’énergie. Ce qui fait que plus je vais au théâtre, plus j’ai envie d’y retourner, de lire, de regarder, de questionner.

Bien sûr, ces quelques notes relevées au fil de la lecture sont de petits éclats et ne disent pas tout à elle seules, mais puissent-elles vous rappeler de beaux moments, vous ramener sur la route des voyages, de l’humain, de l’échange.

Il s’agit de propos d’Ariane Mnouchkine lors de rencontres avec les élèves de l’ENSATT de Lyon et du CNSAD de Paris, en 2008, publiés chez Actes Sud – Papiers en 2009, dans la collection « Mettre en scène », dans le volume intitulé Ariane Mnouchkine, présenté par Béatrice Picon -Vallin.

 

Un enchantement indispensable

« Nous sommes à une époque où on cultive le désenchantement. À celui qui a envie de rêver, qui vit dans une sorte de poésie, de rêve, on va dire : « Arrête ton char ! », et on le tue, oui, on le tue. Dans Le Spleen de Paris de Baudelaire, un petit poème en prose qui s’intitule « Une mort héroïque » raconte cela. Lisez-le, c’est exactement ça : l’histoire d’un prince qui a un fou génial, et qui le tue. Vous verrez comme il le tue. Lisez-la, tous les comédiens devraient la lire, et vous vous direz que, de temps en temps, parce que vous désenchantez vos camarades, vous êtes comme ce prince criminel.

Il faut quand on travaille l’art du théâtre, cultiver des choses indispensables, des atmosphères indispensables, un enchantement indispensable, et cela concerne tout le monde, les techniciens aussi. (…)

Le théâtre est un art sorcier, je le répète. Il est sorcier parce qu’il s’agit de pierre philosophale, parce qu’il s’agit de transformer du plomb en or. Il s’agit de transformer des mots écrits en noir sur du papier blanc en poésie, de les transformer en chair. Il faut donc une précaution poétique qui ne peut pas commencer juste au moment où ces mots sont prononcés, mais qui doit commencer bien avant. Il y a un terrain, il y a un jeu, il y a un terrain de jeu, il faut préparer le terrain de jeu. »

p.78-79

La répétition est un voyage

«  Ce qui est beau, c’est qu’il y a une recherche : essayer de le comprendre, ce mal, puis en parler sur le plateau. Ce ne sont pas des jugements qui sont lancés directement. Nous avons voyagé dans ce monde, et ces forces mauvaises, le public sent qu’on y a réfléchi, et cela lui parle vraiment. Même si parfois j’en doute, je pense que les artistes devraient aider le public à se construire plus humain. Lui pétrir l’âme. Oui, je pense qu’on sert à ça, on fait cela. »

p. 38

Le public et le sacré

« (…) On a la charge de moments pareils. Vous avez charge d’âmes. J’ai charge d’âmes comme un capitaine de bateau. Quand on ouvre la porte à un public, on a charge d’âmes à tout point de vue, et du point de vue de la sécurité, et du point de vue de leur espoir dans l’humanité. C’est important quand le public vient au théâtre, car les spectateurs reprennent, parfois pour de longs mois, espoir dans l’humanité, à travers nos capacités d’hospitalité, de beauté visuelle, d’art, mais aussi de tendresse. »

p. 70

 

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