Théâtre

Vendredi 17 décembre

Parmi les multiples librairies parisiennes générales ou spécialisées que je fréquente, j’ai régulièrement envie de faire des folies à la librairie Actes Sud du théâtre du Rond Point, spécialisée en théâtre bien sûr, mais pas seulement… J’y déniche souvent des petites merveilles, des textes que je n’aurais pas cherché mais que je rencontre par hasard.

Du coup aujourd’hui je triche un peu : ce n’est pas un texte qui m’accompagne depuis des années, ou que je chéris plus que d’autres, mais ce sont quelques entrées du Petit Lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton (publié chez Stock), qui m’a fait voyager cet été dans le vocabulaire du théâtre.

Ah oui, parce que j’oubliais : outre la collection des Bérénices, j’ai aussi une petite collectionnite en imagiers et, cela va de soit, en complément, une en lexiques, vocabulaires, mini-dictionnaires…

J’ai choisi de vous tracer un itinéraire à travers les noms de répétition et de représentation :

 

A comme Allemande

L’Allemande est une italienne en place, c’est-à-dire un répétition pendant laquelle les acteurs disent le texte sans vraiment le jouer en se déplaçant comme il est prévu de le faire dans la mise en scène.

 

C comme Couturière

Le couturière, de nos jours, est une répétition publique, la dernière, réservée en générale aux amis, le théâtre délivrant un certain nombre d’invitations au personnel du théâtre et aux membres de la profession. À l’origine elle permettait aux couturières d’effectuer les dernières retouches.

 

D comme Dernière

La dernières est l’ultime représentation d’un spectacle, elle peut être souhaitée dans certaines circonstances où l’ambiance entre acteurs est exécrable ou que la qualité du spectacle n’est pas totalement au rendez-vous, mais la plupart du temps, c’est avec beaucoup d’émotion et de fébrilité que l’on aborde la dernière représentation. Il n’est pas rare de ressentir alors un trac particulier ressemblant à s’y méprendre au trac des premières.

C’est souvent une belle soirée lorsqu’elle n’est pas polluée par les blagues de dernière. C’est un deuil à venir. Un adieu à toute une partie de sa vie. C’est de l’incertitude à retrouver, car, pour beaucoup d’acteurs, la perspective d’un autre spectacle est loin d’être assurée donc c’est, dès le lendemain matin, prendre un rendez-vous à l’ANPE spectacle pour comptabiliser ses heures afin de voir avec quelle sauce le MEDEF a décidé que vous alliez dîner.

 

G comme Générale

La générale est la représentation dédiée aux invités, elle peut être « de presse », c’est-à-dire que l’on y invite le plus possible de critiques, mais également ouverte aux gens que le théâtre, le metteur en scène, les producteurs et les comédiens jugent pertinents d’inviter. Il est de bon ton de bouder ces soirées qui paralysent de peur, de les trouver froides par avance, mortelles, voire glaçantes, mais ce n’est pas si vrai que ça. Les générales regroupent souvent en un soir un concentré de personnes qui ont l’habitude de sortir, des spectateurs quasi professionnels et facilement blasés. Mais, pour l’avoir vécu des deux côtés de la salle, ces soirées peuvent aussi être très chaleureuses, car, et c’est ce qui me réjouit tous les jours de faire ce métier, nous gardons tous finalement une envie d’enchantement, une naïve envie de vivre quelque chose de beau. Un « Il était une fois » timide reste caché en nous, prêt à bondir si les circonstances sont réunies, même au cœur de ces soirées codées.

 

I comme Italienne

Une italienne est une répétition où l’on se contente de réciter son texte avec ses partenaires pour s’assurer que tout le monde le connaît. On démarre rarement une répétition sans une italienne, au moins au début, avant chaque nouvelle scène. C’est, comme la cigarette, un petit moment de recul avant l’obstacle, qui consiste à se lancer dans le travail, sans filet ni excuse.

 

M comme Mise en espace

Lors des répétitions, il s’agit d’organiser une scène ou un acte sommairement dans l’espace afin d’avoir un aperçu de ce que donnent cette scène ou cet acte en question. Certains metteurs e scène s’arrêtent là et c’est ce qu’on voit le jour de la première.

 

P comme Première

La première est le premier soir de représentation. Cette soirée fait normalement suite à plusieurs filages dans des conditions souvent très proches : même horaire et public dans la salle. La couturière est souvent très fréquentée, mais la première reste une soirée spéciale. C’est la première d’une série de représentations plus ou moins longue, et surtout la première fois que le vrai public payant entre dans la salle pour voir votre spectacle. Quelles que soient les précautions prises pour éviter que ce premier contact avec le vrai public soit trop brutal, cette aura particulière, ce parfum d’inconnu ne disparaîtront jamais. Avant cette date, c’est du travail mais à partir de la première, c’est le théâtre qui commence.

Philippe Torreton, Petit lexique amoureux du théâtre, 2009, Stock

 

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