« Valore »

Mercredi 1er décembre 2010

Pour inaugurer cette série de textes de l’Avent, un poème qui joue en quelque sorte les déclarations d’intention et ramène à l’humain…

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.

J’attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.

J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment.

J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de chose.

J’attache de la valeur à toutes les blessures.

J’attache de la valeur à économiser l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’assoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.

J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.

J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur.

Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues.

« Valore », Erri de Luca (Oeuvres sur l’eau)

Traduit de l’italien par Danièle Valin, Seghers, 2002

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